Programme Early Access – bon ou pas ?

Depuis quelques mois, un gros boom de jeux en stade “Early Access” sont apparus sur la plateforme Steam. Pour ceux qui ne suivraient pas la tendance au jour le jour, c’est la sortie de jeux mais au stade alpha ou beta de leur développement. Les joueurs sont appelés à contribuer financièrement au développement, en se procurant ce dernier maintenant, et en échange, ils ont accès avant les autres. Un peu comme les démos d’il y a quelques années.

Au début, cette tendance était relativement isolée et c’était en grosse partie des jeux ayant reçu au préalable une certaine attention des médias. Maintenant, n’importe quel jeu tente sa chance. Cela permet de voir des jeux plutôt underground et d’aider les développeurs mais qu’arrive-t-il si le développement du jeu est arrêté d’une manière ou d’une autre ? Est-ce qu’il y a un problème avec la recette du programme lui-même ou est-ce qu’il y a des abus qui ternissent sa réputation ? Regardons des deux côtés de la médaille.

Le succès le plus connu reste sans aucun doute Minecraft. Sans passer par Steam, le jeu a su trouver la formule parfaite entre risque financier et produit final. En allant de l’avant avec de la transparence et expliquer aux potentiels acheteurs que le jeu n’était pas complet, les gens savaient à quoi s’attendre. Tout l’argent recueillie servit à son créateur, Markus Persson, de focuser à 100% sur le développement et on connait désormais le fruit de tout ce labeur. On est rendu à 16 millions de copies vendues sur PC et Mac, sans compter les ports sur consoles.

Ce n’est malheureusement pas tous les jeux qui sont complétés. D’ailleurs, ce n’est pas pour rien que Steam a dû modifier ses conditions d’utilisations, avertissant les consommateurs que la complétion du développement n’était pas garantie. L’histoire la plus tristement célèbre est probablement celle du jeu Towns.

Le jeu Towns se voulait être inspiré par Diablo, Dungeon Keeper et Dwarf Fortress, et était un jeu de stratégie et de simulation. Créé par une équipe de trois personnes, il sorti sur Steam Greenlight en novembre 2012, au stade alpha. On parle ici des tous débuts du programme et plusieurs utilisateurs se sont plaints que le niveau de complétion n’était pas clairement indiqué. Les tutoriaux n’étaient qu’un ramassis de texte qui réservait la place à du texte plus défini (des placeholder en bon français), plusieurs fonctionnalités essentielles manquaient, etc. L’équipe de SMP avait longuement hésité avant de lancer l’alpha mais l’on fait quand même et cela a beaucoup joué contre eux. Certaines personnes de l’équipe croyaient que même si Towns n’était pas “complet”, qu’il était assez jouable pour offrir une bonne expérience. Mais les utilisateurs qui ont payé 20-25$ ne sont pas du même avis. Avec le recul, les développeurs admettent qu’ils auraient dû attendre le programme “Early Access” lancé en mars 2013.

Le développement avance à pas de tortue et en février 20014, les clés sont données à un jeune développeur nommé Florian Frankenberger (aussi connu sous le nom de Moebius), qui abandonnera le tout trois mois plus tard, dû à de l’épuisement professionnel et aussi au peu de rendement réel versus promis. Maintenant, un des développeurs originaux conserve les idées qu’il avait avec Towns et l’implémentera dans son nouveau jeu Dwelvers. Le jeu Towns n’est pas cancellé mais plutôt abandonné pour le moment. Si le cas vous intéresse, je vous conseille de lire l’entrevue qu’a fait Eurogamer sur le dossier.

C’est une bonne raison de penser sérieusement à investir ou non. Pourquoi payer le plein prix pour un jeu rempli de bugs, non-complet et qui va peut-être finir sa vie remisé. On ne parle pas toujours de quelques dollars; certains jeux demandent un investissement de 30$ pour un semblant de jeu. Pourquoi prendre la chance maintenant plutôt que d’attendre la fin du développement et débourser le même montant pour le jeu final ?

C’est sur que l’argent investi aide grandement au développement et surtout, donne du feedback de qualité aux développeurs. Faire du QA est une partie forte coûteuse. Refiler cette portion aux fans et gens qui sont susceptibles de s’amuser est un bon pari pour de petites équipes de développement.

Et que dire de la mauvaise presse qu’un jeu incomplet peut faire à long terme. Les médias vont surtout aborder le jeu lorsqu’il sera rendu disponible. Si le jeu ne répond en rien aux attentes élevées, c’est sur ça que le jeu sera évalué. On revient rarement sur un jeu qui ne nous a pas accrochés, pire encore s’il nous a déçus. Mais même si le jeu est plutôt bien, malgré qu’incomplet, vous risquez d’y jouer un peu dans les jours suivants et après cela, l’oublier. Combien de fois êtes-vous retournez rejouer à un jeu que vous avez acheté en “Early Access” ? À moins que ce soit un gros nom tant attendu, je parie que vous n’y retournerez pas de sitôt.

Selon moi, une meilleure formule serait plutôt d’ajuster le prix selon le taux de complétion du développement, un peu comme Minecraft l’avait fait à l’époque. En stade beta, le jeu était à 50% du prix d’aujourd’hui et plus le jeu se développait, plus le prix augmentait. Un prix spécial si vous achetez maintenant, et le gros prix si vous attendez que le jeu soit terminé. Quelques jeux indies ont adoptés cette idée dont Lenna’s Inception et Hack ‘n’ Slash. Ça encourage les joueurs à investir un peu de leur argent mais sans les décourager. Tant qu’à avoir un jeu non-complet et buggé, aussi bien l’avoir eu en spécial, non ? De plus, ça ne vous donne pas un goût amer en bouche de savoir que vous payez exactement le montant proportionnel au stade de développement. De plus, vous aider les développeurs à trouver des bugs et à tester leurs serveurs. C’est comme faire partie de l’équipe ! Presque.

Alors que faire ?

Et bien, il faut simplement redoubler de prudence. Lisez attentivement les notes du développeur à savoir ce qu’il veut accomplir avec son jeu et comment ils vont y arriver. Si vous trouver que ses idées de grandeur sont beaucoup trop irréalisables, attendez un peu. C’est toujours aussi le prix demandé qui va vous influencer au final. Si on vous demande 30 dollars pour un jeu inachevé, c’est cher. Savoir ce que ce 30$ vous rapporte potentiellement, n’est malheureusement pas assez. Vous devez aussi avoir confiance aux développeurs derrière tout ça. C’est difficile de croire aux promesses de personnes non-connues encore.

Tout récemment, le jeu The Stomping Land, un jeu de survie dans la jungle contre des dinosaures, a été retiré de Steam puisque les développeurs n’ont donné aucun signe de vie en 2 mois (aucune mise à jour ni interaction avec la communauté). Malgré le gros potentiel du jeu et une campagne Kickstarter réussie, les rumeurs cours à savoir quelle est la raison véritable de cette nouvelle débâcle.

Je ne vous encourage pas à délaisser l’idée mais plutôt à ouvrir votre esprit critique. Êtes-vous prêt à parier votre argent sur le projet que le développeur tente à tout prix de vous vendre ? C’est votre portefeuille qui va changer les choses à la fin. N’oubliez pas qu’il n’y a pas de piton reset à votre achat :)

Partagez l'article avec vos amis !
facebooktwittergoogle_plusreddittumblrfacebooktwittergoogle_plusreddittumblr
//

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>

Écrit par :

@halokitty008
14 September, 2014

ETG sur les Réseaux